Jeudi 31 Mai 2012

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Sadra, la Femme fidèle

Sadra était mariée à une brute épaisse qui s'appelait Kare. C'était un tyran qui buvait, jurait, avait le vice du jeu et qui battait sa femme lorsqu'il perdait son argent à la table de jeu. Malgré cela, Sadra lui manifestait du respect et de l'attention, elle le nourrissait lorsqu'il avait faim, elle lui faisait son lit, lui lavait le dos et se couchait avec lui lorsqu'il le lui disait. Elle ne s'était jamais plainte à personne, même si, certains jours, elle se levait avec des contusions partout sur le corps.

En dépit du traitement infligé par son mari, Sadra était une très belle femme, avec des cheveux noirs et des yeux verts magnifiques. Les hommes se retournait sur son passage lorsqu'elle se rendait au marché ou qu'elle allait chercher de l'eau en ville. Mais nul n'osait l'approcher, car tous craignaient davantage son mari qu'ils n'admiraient sa beauté et sa grâce. On entendait dire, "Pauvre Sadra, elle mérite un meilleur sort, elle est si bonne et si patiente alors que son mari la maltraite tous les jours." Mais personne n'était prêt à tenter quoique se soit pour la libérer du joug de son mari, parce que tout le monde craignait les représailles. "Elle choisit son propre chemin," disait-on, "et nous n'avons pas à nous en mêler."

Mais un jour, un grand et beau Prince vint en ville avec le Conseil des sages. Lorsqu'il remarqua Sadra portant deux lourds seaux du puits à sa maison située aux limites de la ville, il fut saisi par sa beauté et sa jeunesse. Alors, il descendit de sa monture pour l'aider à porter ses seaux. En chemin, il courtisa Sadra, mais lorsqu'il appris qu'elle était déjà mariée, il s'inclina respectueusement et la pria d'excuser sa mauvaise conduite.

Ce soir là, le mari de Sadra appris que le Prince avait offert son aide à sa femme, et après l'avoir battue pour avoir laissé la royauté se mêler de ses devoirs, il se dirigea en titubant - parce qu'il avait déjà bu tout son soûl de bière brune - en direction de la taverne où le Prince et sa cohorte se trouvaient. Lorsque Kare arriva à la taverne, le Prince dînait, et lorsque ce dernier appris que le mari de Sadra était venu pour le voir, il se leva et fit signe à l'homme d'approcher.

"Je dois vous féliciter pour votre bon goût en mariage," dit le Prince, "car votre femme est la plus jolie et la plus aimable des femmes que j'ai rencontrées." Puis il offrit un siège à Kare et une grande choppe de bière. Mais le mari en colère n'apprécia pas les avances du Prince. Il tira son épée et assena un coup au Prince avant que ses gardes aient pu réagir.

Le Prince fut preste et évita par chance une mort certaine, et avant que Kare ne lui asséna un second coup, le Prince pu s'emparer de son épée qui était posée contre le mur, prêt à combattre la brute. "Laissez-le !" dit le Prince lorsque ses hommes dégainèrent leur épée et accoururent à son secours. "C'est entre lui et moi !"

Un bref sourire passa sur son visage tandis qu'il adressait un signe de la tête à Kare pour lui signifier qu'il était prêt - de toute évidence, il devait exceller dans le maniement de l'épée. Kare, lâche entre les lâches, savait que s'il combattait à la loyale, il périrait sûrement. Alors il rengaina son épée mais libéra le couteau glissé dans sa manche. "Je vous prie de m'excuser, mon Prince", dit Kare. "L'amour que je porte à ma femme est tel que la jalousie m'aveugle. Je vous offre mon amitié et mes excuses". Il tendit une main ouverte au Prince et afficha un sourire large et faux.

Le Prince, qui ne connaissait rien des mauvais traitements que Kare faisait subir à sa femme, sourit en retour, abaissa son épée et lui tendit aussi la main. "Vos excuses sont acceptées, Monsieur". Puis, soudain, Kare saisit son couteau et le plongea en un éclair dans la gorge exposée du Prince. C'était compter sans l'intervention d'un garde situé à proximité qui, du plat de l'épée, frappa Kare à la tête.

Sans lui, le Prince serait mort. Le couteau fit une profonde entaille dans l'épaule du Prince, mais la blessure était sans gravité. Kare fut emmené à la prison de la ville pour y être jugé au lever du soleil - son crime pouvait certainement être puni de mort, surtout si Sadra témoignait de sa cruauté devant le juge.

Libérés de la tyrannie de Kare, les habitants de la ville parlaient désormais des souffrances que Sadra avait endurées de la main de son mari. Mais Sadra refusa, malgré les circonstances, de témoigner contre son mari, qui au lieu d'être condamné à mort, fut envoyé dans les mines du Roi pour vingt-cinq années. Séduit par la bonté de Sadra, le Prince la courtisa de nouveau, mais de nouveau Sadra refusa, car elle était toujours mariée. Puis, un an plus tard, Kare tenta de s'évader des mines du Roi en tuant deux gardes et en escaladant le mur, mais il reçut une flèche qui le fit tomber. Il mourut dans d'atroces souffrances et le déshonneur.

Une fois encore, le Prince rendit visite à Sadra pour lui présenter ses condoléances et la courtiser. Cette fois-ci, Sadra accepta. Quelques mois plus tard, le Prince et Sadra se marièrent au cours d'une splendide cérémonie, et lorsque le vieux Roi mourut, le Prince devint régent et Sadra sa Reine. Ce fut une reine d'une grande bonté, tendrement chérie jusqu'au jour de sa mort et ses funérailles furent les plus grandioses et les plus tristes jamais vues dans le pays.


L'Enfant du lac

Il y avait un village près d'un lac où aucun enfant n'était né depuis vingt ans. Les villageois était désespérés, car sans enfant leur village était voué à la mort. Ils s'adressèrent à leur dieu pour lui demander de l'aide. Le lendemain matin, cinquante jeunes enfants sortirent du lac brumeux et déambulèrent sur les rives, à la grande joie des mères sans enfants. "Nous sommes à vous," dit un enfant, "tant que vous vous souviendrez d'une chose : vous ne pêcherez jamais plus dans ce lac. Vous devez apprendre à chasser dans la forêt et à vivre de la terre."

Les villageois acceptèrent, malgré la peur de la faim car ils étaient habitués à pêcher et à manger les poissons du lac. Mais rapidement, ils apprirent à chasser et à cultiver la terre.

Dix huit années passèrent et un matin, un vieil homme lassé des lapins, des biches, des patates et du pain, se mit en tête d'attraper un poisson et de le cuisiner au feu de bois. Il prit son bateau, s'en fut là où les autres villageois ne le verraient pas, puis il plongea ça ligne. Presque immédiatement, il prit une énorme truite, mais alors qu'il regagnait la rive, il vit les enfants du lac sortir de leur maison en direction des eaux sombres dont ils venaient. Leurs mères les appelèrent, essayèrent de les retenir, les supplièrent de ne pas partir, mais sans mot dire ils disparurent un par un dans le lac.

Le vieux pêcheur vit alors, à mesure qu'ils pénétraient dans les eaux sombres, les enfants se transformer en gros poissons et s'enfoncer dans les profondeurs. Il eut honte, alors, et rejeta sa prise à l'eau, mais il était trop tard. Le village devait à jamais rester sans enfants.

Dernière modification de cette page le 26 avr 2006 à 11:45. - Cette page a été consultée 172 fois.
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